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Traitement des maladies associées à l'autisme: Quelles sont les options efficaces et à qui sont-elles destinées?

http://www.autisme.qc.ca/TED/programmes-et-interventions/traitements/traitement-maladies-associees.html

Résumé d'un article de Jessica A. Hellings, MD, University of Kansas Medical Center, paru dans Medscape, janvier 2000 

Traduit et résumé par Kada Krabchi et Isabelle Lapointe.

    1. Introduction
    2. De l'approche clinique à la pharmacothérapie
    3. Symptômes comportementaux liés aux problèmes épileptiques
    4. Groupe de symptômes liés aux troubles de déficits de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
    5. Les antidépresseurs tricycliques (ATC)
    6. La Clonidine et la Guanfacine
    7. Les antipsychotiques
    8. Le Naltrexone
    9. Tics, syndrome de Tourette et troubles des mouvements
    10. Symptômes compulsifs/explosifs
    11. Groupe de symptômes liés aux troubles de l'humeur
    12. Symptômes comportementaux non spécifiques ou autres
    13. Conclusion

Résumé

Dans la dernière décennie, beaucoup de nouveaux médicaments comportant peu de risques et d'effets secondaires ont été mis sur le marché pour le traitement des troubles mentaux. Jusqu'à présent, les cliniciens continuent de prescrire aux autistes de vieux neuroleptiques ciblant les problèmes de comportement et ce, malgré l'absence de psychoses et les risques importants de dyskinésie tardive et de syndrome malin des neuroleptiques. En vue de guider le clinicien dans la sélection d'une approche thérapeutique efficace, cet article présente un modèle basé sur la comorbidité de groupes de symptômes comportementaux liés aux crises d'épilepsie, à l'hyperactivité et/ou au déficit d'attention, aux tics, au syndrome de Gilles de La Tourette, aux problèmes moteurs, aux symptômes compulsifs/violents, aux troubles de l'humeur et autres désordres.


Introduction


Le trouble autistique fait partie des troubles envahissants du développement (TED) tels que définis dans une catégorie du DSM-IV. 

Idéalement, tous les sujets avec TED devraient recevoir des évaluations neurologiques et psychiatriques dans un centre spécialisé et ce, tout au long de leur vie, pour identifier les maladies curables faisant partie de leur déficit (telle que l'activité épileptique observable). De telles évaluations devraient être conduites annuellement ou plus souvent si les problèmes comportementaux semblent interférer avec les progrès de l'enfant. 
Les maladies curables associées à l'autisme et aux TED incluent les troubles épileptiques, le déficit d'attention, l'hyperactivité, le syndrome de la Tourette, les troubles obsessifs-compulsifs et les troubles bipolaires de l'humeur. Parmi la population autistique, les individus avec troubles sévères du comportement (agressivité, comportement automutilatoire) sont plus susceptibles de chercher et de recevoir un traitement que ceux avec troubles de comorbidité causant un comportement de retrait (tel qu'une dépression majeure). Beaucoup plus de recherches sont nécessaires avant que l'on puisse se pencher principalement sur les états de comorbidité. 

De plus en plus, les diagnostics et traitements des types de comorbidité précités sont basés sur les critères du DSM-IV. Cette approche clinique particulière semble donner plus de réponses prévisibles et concluantes au traitement en comparaison aux prescriptions faites pour un problème non spécifique de "contrôle du comportement". 

Plus de recherches sont nécessaires avant que les groupes de comorbidité puissent être validés comme significativement différents et que leurs mécanismes neurobiologiques sous-jacents puissent être identifiés. En attendant, le diagnostic de syndrome fournit un indice d'évaluation concernant les traitements susceptibles d'être les plus efficaces chez tout patient atteint de TED chez qui l'on présume un trouble de comorbidité psychiatrique ou neuropsychiatrique. 

Dans la communauté, l'emploi de nouveaux agents pharmaceutiques dans la pratique clinique précède souvent les études à large échelle sur leur sûreté et leurs effets. Par ailleurs, plusieurs nouveaux médicaments psychoactifs - incluant les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (IRSS), les stabilisateurs de l'humeur (comme l'acide valproïque et le gabapentin) et les antagonistes de la dopamine et de la sérotonine - demeurent sous-utilisés auprès des individus atteints d'autisme et de trouble envahissant. Dans plusieurs cas, les cliniciens d'aujourd'hui continuent à prescrire de vieux médicaments qui, il y a 10 ou 20 ans, étaient plus fréquemment utilisés pour traiter la population non atteinte de trouble du développement. Aussi, les médicaments antipsychotiques classiques, incluant la Chlorpromazine, la Thioridazine et l'Halopéridol, sont encore largement prescrits malgré leurs risques (dyskinésie tardive, etc.) et leurs effets secondaire (affaiblissement des fonctions cognitives, ralentissement moteur...). 

Indépendamment des médicaments prescrits, plusieurs des pratiques actuelles non scientifiques dans l'autisme sont onéreuses et potentiellement nocives. Les nouvelles médications, lorsqu'elles sont prescrites avec prudence pour des conditions comorbides au syndrome, sont un moyen de traitement plus pertinent et plus sûr. Néanmoins, des études scientifiques en double aveugle sont nécessaires à court terme pour établir les profils de sûreté et d'efficacité de ces médicaments pour la population autistique. 

Lorsque des problèmes comportementaux sont observés, avant que des médicaments ne soient prescrits, des interventions sans médication devraient généralement être considérées : celles-ci sont du ressort d'un psychologue comportemental spécialisé dans les troubles du développement. Cependant, l'activité épileptique, la psychose, la manie ou les troubles du déficit de l'attention graves exigent au moins un traitement médical pour permettre au patient de fonctionner dans des programmes comportementaux. Une amélioration de l'attention ou une stabilisation de l'humeur, par exemple, peut rendre le patient plus apte à atteindre ses buts et à apprécier les récompenses. 

Dès maintenant, une attention accrue quant à la présence possible de conditions médicales sous-jacentes - qui peuvent mener à une dégradation comportementale aiguë ou insidieuse - doit être exigée des soignants et des cliniciens. L'émergence de comportement d'agressivité ou d'automutilation peut être due à une souffrance - elle-même due aux effets secondaires de médicaments, à des problèmes dentaires ou toute autre douleur - que la personne autiste n'est pas en mesure d'exprimer verbalement. Tous les efforts doivent être faits dans ces cas pour traiter les conditions médicales sous-jacentes, pour fournir soutien et assistance à la personne sans l'ajout inutile d'agents psychoactifs. 

Bien que l'approche suivante, mise au point par les chercheurs de l'Université du Kansas, leur ait semblé utile pour une pratique élargie, ils précisent qu'elle reste à l'état expérimental jusqu'à ce qu'elle soit appuyée par d'autres recherches.

 


De l'approche clinique à la pharmacothérapie


Les conditions neurobiologiques-psychiatriques survenant dans l'autisme et pouvant répondre au traitement pharmacologique peuvent être subdivisées en six grandes catégories :

  • Symptômes comportementaux relatifs aux problèmes épileptiques
  • Symptômes de déficits d'attention avec ou sans hyperactivité
  • Tics, syndrome de La Tourette et désordres moteurs
  • Symptômes de compulsivité/violence
  • Symptômes liés aux troubles de l'humeur
  • Autres symptômes comportementaux non spécifiques

 


Symptômes comportementaux liés aux problèmes épileptiques


Les troubles comportementaux résultant de l'activité épileptique ou des médicaments employés pour traiter les crises sont présentés en premier lieu pour en souligner l'importance. Au moins 25 % des personnes autistes sont susceptibles de subir des crises débutant dans la petite enfance ou plus tard. Un électroencéphalogramme (EEG) de routine et un scanner du cerveau devraient être pratiqués dans tous les cas de retard mental ou d'autisme nouvellement diagnostiqués. Une référence neurologique est appropriée pour des individus avec des épisodes de syncope, ou de détérioration comportementale observés après avoir arrêté ou commencé des médicaments antiépileptiques. 

Les effets secondaires des agents apparentés aux barbituriques, tels que le phénobarbital et la phénytoïne, peuvent inclure l'irritabilité et la dépression aussi bien que des comportements agressifs (morsures, coups de pieds...). L'éthosuximide peut entraîner la psychose. La Carbamazépine cause souvent la désinhibition du comportement ou l'aggravation d'une manie chez certaines personnes avec retard mental, et peut avoir comme conséquence une hyponatrémie. La gabapentine a été associée à une exacerbation de l'hyperactivité dans certains cas. L'acide valproïque apparaît cependant associé à peu d'effets secondaires. Il a été montré que cet agent aurait des effets stabilisateurs sur l'humeur, ainsi qu'une influence bénéfique sur l'agitation et l'agressivité chez les humains et les animaux. La diminution progressive d'un médicament antiépileptique pour un passage au Valproate par la méthode de complémentation (en vue d'atteindre des niveaux sanguins thérapeutiques de 50 à 125 mcg/ml) s'est souvent avéré d'une extrême utilité. 

 


Groupe de symptômes liés aux troubles de déficits de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)


Les stimulants tels que le méthylphénidate (MPH), le sulfate de dextroamphétamine (DEX), le pémoline et les nouvelles préparations telles que l'Adderall sont utiles mais encore mal étudiées chez les enfants et les adolescents autistes. Les symptômes clairs de TDAH comme la distraction, l'impulsivité et l'hyperactivité sont de plus puissants prédicateurs de réponse que le sont l'âge, le quotient intellectuel (Q.I.) ou autres diagnostics de comorbidité. Les enfants avec TDAH et un retard mental léger peuvent montrer une plus grande réponse aux stimulants que ceux avec un retard mental plus grave ou plus profond. L'utilisation de ces substances stimulantes chez les autistes et/ou ceux atteints d'un retard mental grave ou profond a montré des résultats généralement mixtes. 

À l'Université du Kansas, nous avons trouvé que des doses faibles à modérées de MPH (1mg/kg/j), de DEX (0,5 mg/kg/j), ou de pémoline (à environ 2 mg/kg/j) seraient les plus utiles. Des doses plus élevées peuvent entraîner un comportement de retrait aussi bien qu'une aggravation des stéréotypies et de l'automutilation. D'autres effets secondaires suite à de fortes doses incluent l'anxiété, l'aggravation des tics, la perte de poids et, si les doses utilisées sont exagérément élevées, la possibilité d'une psychose. La pémoline induit (dans de rares cas) un risque supplémentaire pour l'hépatite, pouvant être fatal. Par conséquent, elle n'est pas utilisée comme médicament principal, et une surveillance des enzymes hépatiques est conseillée quand on y a recours. Dans ces cas, il est important d'informer les membres de la famille, pour les sensibiliser au fait qu'ils doivent contacter un médecin si un ictère ou une couleur foncée de l'urine se manifestent.

 


Les antidépresseurs tricycliques (ATC)


Ces drogues peuvent être efficaces chez les personnes qui montrent une réponse partielle aux stimulants mais demeurent hyperactives, particulièrement si de l'anxiété, une insomnie ou une diminution de poids sont associées. Notre expérience suggère que l'Amytriptyline, qui est un ATC, est souvent plus efficace que l'Imipramine ou la Désipramine dans le traitement des enfants et des adolescents autistes instables et hyperactifs. Cette observation nécessite toutefois une confirmation scientifique. On peut s'attendre à plus d'effets secondaires avec le traitement combinatoire qu'avec une monothérapie, bien que cela ne soit pas considéré comme un problème. Une étude de 16 enfants avec Q.I. normaux traités avec MPH et Désipramine pour TDAH et comorbidité associée (anxiété, dysthymie et dépression majeure) n'a montré aucun effet secondaire inhabituel ou sérieux. À un autre niveau, les résultats des tests d'apprentissage montrent une amélioration plus marquée avec cette thérapie combinée qu'avec l'utilisation d'une seule drogue, et ce, dans ce même groupe d'enfants avec QI normaux. 

Selon des résultats préliminaires, les ATC peuvent être aussi utiles en monothérapie ou en combinaison avec des stimulants chez les enfants et les adolescents autistes avec TDAH. Les résultats sont également plus positifs avec l'Amytriptyline seule qu'avec tout autre ATC chez les enfants autistes avec TDAH, mais la raison en est peu claire. La Clomipramine et la Désipramine ont toutes les deux été supérieures par rapport au placebo dans le traitement de l'hyperactivité chez sept enfants autistes dans une étude randomisée croisée de dix semaines; il est à noter que la Clomipramine a obtenu de meilleurs résultats dans la réduction des comportements obsessif-compulsifs et des symptômes autistiques. 

Il est essentiel que les parents mettent tout ATC hors de portée de leurs enfants en raison de leur létalité potentielle en cas de surdosage. Avant de prescrire un ATC, les cliniciens devraient faire une investigation complète incluant un examen physique détaillé, un électrocardiogramme (EEG) et un rapport des antécédents personnels et familiaux (mentionnant les morts subites, s'il y a lieu). Si un doute persiste, une consultation en cardiologie s'impose. La surveillance du pouls, de la tension artérielle, du poids, un EEG et des taux sanguins d'ATC sont nécessaires au moins tous les 3 mois pour vérifier la sûreté de la médication et assurer un bon suivi clinique. 

À l'Université du Kansas, nous commençons l'ATC à une dose approximative de 1mg/kg/j. Ensuite, une augmentation progressive du dosage est faite par réponse clinique pour atteindre une dose totale de 2 à 5 mg/kg/j. Le risque de crises d'épilepsie, de problèmes cardiaques et de mort subite augmente nettement quand les taux sanguins dépassent la limite supérieure de l'intervalle thérapeutique (estimé à 125-250 mg/ml). 
Le dosage d'ATC est ajusté en fonction de la constitution clinique du patient. En outre, la dose peut être divisée si les effets secondaires (de la rétention urinaire, par exemple) constituent un problème.

 


La Clonidine et la Guanfacine


Quelques enfants ne peuvent tolérer ni les stimulants ni les ATC (par exemple, désinhibition comportementale avec les ATC, aggravation des stéréotypies avec les stimulants). Dans ces cas, la clonidine ou la guanfacine peuvent être plus efficaces. Les enfants avec hypomanie, excitabilité comportementale ou des tics associés pourraient répondre mieux à de faibles doses de clonidine. Une épreuve croisée en double aveugle utilisant la clonidine vs le placebo chez huit enfants autistes a montré une légère amélioration dans l'hyperactivité et l'irritabilité avec les substances actives. Des effets inattendus de sédation, de diminution de la tension artérielle, et une éventuelle tolérance aux effets bénéfiques de la médication étaient également notés.

 

Les antipsychotiques


Les antipsychotiques ne sont pas considérés comme un traitement approprié des TDAH simples. Ces médicaments devraient être réservés aux cas les plus graves et les plus résistants en raison de la chronicité de la maladie et des risques potentiels de dystonie aiguë, de dyskinésie tardive et de syndrome malin des neuroleptiques. Bien que Campbell et Coll. aient démontré une réponse thérapeutique significative à l'Halopéridol chez les enfants autistes, ce produit est généralement évité en raison de l'incidence élevée des dyskinésies associées. 

Les antipsychotiques classiques à faible portée (tels que la Thioridazine et la Chlorpromazine) toujours largement utilisés, occasionnent des effets secondaires sédatifs et anti-muscariniques considérables qui présentent des risques éventuels pour les fonctions cognitives et motrices de l'individu. L'arrêt de neuroleptiques semble particulièrement problématique en raison de la dystonie et de l'akathisie. Après une utilisation régulière prolongée, une diminution des neuroleptiques peut aussi provoquer, pour une durée d'un à neuf mois, un syndrome de manque caractérisé par de l'irritabilité, de l'agitation, de l'insomnie et de l'agressivité. 

Des antipsychotiques plus récents, tels que les antagonistes de la dopamine et de la sérotonine (rispéridone, olanzapine), peuvent comporter des risques plus faibles en termes d'effets secondaires sérieux. Le rispéridone a été associé à l'amélioration clinique significative dans un test non sélectif impliquant 20 enfants et adolescents, dont la plupart étaient autistes ou TED avec TDAH ou d'autres troubles. Cependant, plusieurs de ces patients prenaient également d'autres médicaments (Lithium, carbamazépine ou Valproate), rendant ainsi difficile l'évaluation des effets du rispéridone.

 

Le Naltrexone


La valeur du traitement de Naltrexone comme essai de routine pour les enfants autistes avec hyperactivité et automutilation reste à débattre. Notre institution n'utilise pas, en général, ce protocole thérapeutique.

 


Tics, syndrome de Tourette et troubles des mouvements


Comme il a été mentionné, les chercheurs de l'Université du Kansas ont trouvé que de faibles doses de clonidine ou de guanfacine pouvaient être utiles dans ces cas. Les résultats d'une étude préliminaire sur cinq enfants autistes à l'âge prépubertaire ont montré une amélioration significative des troubles de mouvement après l'utilisation de la Clomipramine. Il est important de surveiller les taux matinaux des ATC, en appliquant les directives mentionnées ci-dessus. La prescription de faibles doses d'un antagoniste de la dopamine et de la sérotonine (tel que le rispéridone) peut être nécessaire pour les cas difficiles.

 


Symptômes compulsifs/explosifs


Les individus avec ces symptômes ont des comportements compulsifs tels que ranger, organiser ou rassembler un groupe d'objets particuliers, à un degré tel que leur fonctionnement quotidien en est perturbé. Si on les empêche de poursuivre leurs activités, ou s'ils sont dirigés brusquement vers une autre, ces personnes peuvent manifester des comportements explosifs comme des hurlements, de l'agressivité ou des crises de colère. Les symptômes dysthymiques ou dépressifs (pleurs, repli sur soi, perte d'intérêt, de poids ou d'appétit) peuvent également être présents. Dans d'autres cas, il peut y avoir association à des symptômes (insomnie, euphorie, irritabilité...). Dans les derniers cas, le traitement avec un ou plusieurs stabilisateurs de l'humeur, tels que l'acide valproïque, le Lithium, et/ou le gabapentin est souvent nécessaire avant qu'un impact sur le comportement compulsif puisse être observé. Le traitement conventionnel avec IRSS est indiqué. 

Dans deux études préliminaires, les crises de colère, l'agressivité et le comportement automutilatoire ont bien répondu à la Sertraline ou à la Fluoxétine. Dans les essais de fluoxétine, des effets secondaires ressemblant à l'hypomanie, incluant agitation, insomnie, hyperactivité et diminution de l'appétit, sont survenus chez environ 25 % des sujets. Dans une autre étude placebo en double aveugle, la fluvoxamine (un IRSS) réduisait les comportements compulsifs et l'agressivité chez 15 des 30 adultes autistes observés. 

Selon notre expérience, commencer le traitement à faibles doses et le poursuivre lentement s'est avéré efficace. Par exemple, nous pourrions commencer avec 12,5mg/jour de sertraline chez un patient de 5 ans et augmenter progressivement la dose à 25mg/jour ou 50mg/jour chez un enfant plus âgé. Cependant, la levée de l'inhibition comportementale n'est pas rare avec des doses plus élevées; dans beaucoup de cas, ce problème est résolu en réduisant les doses de IRSS. 

L'attention des cliniciens devrait être attirée sur les interactions des médicaments liées à la propension des IRSS, et particulièrement de la paroxétine et de la fluoxétine, à inhiber certains enzymes impliqués dans le métabolisme de plusieurs substances. Les interactions potentielles incluent celles avec la phénytoine, les bêta-bloquants, la théophylline, le Kétoconazole, et autres. 

En ce qui a trait aux résultats des essais avec la fenfluramine (agent sérotonergique), ils se sont généralement avérés décevants : non seulement les essais n'ont pas montré de résultats significatifs, mais ils suggéraient même un effet négatif sur l'apprentissage.

 


Groupe de symptômes liés aux troubles de l'humeur


Comme il a été décrit, la maladie dépressive unipolaire répond souvent à de faibles doses de IRSS. Pour des cas résistants, la Venlafaxine à de faibles doses a montré son utilité, bien que des études contrôles soient nécessaires à ce sujet. La maladie bipolaire chez les personnes autistes est plus souvent à caractère chronique, atypique, mixte, ou à cycle rapide. Les symptômes maniaques incluent l'euphorie, la labilité de l'humeur, l'irritabilité, l'excitabilité, les crises de "fou rire" ou encore de sanglots. L'hyperactivité associée à la manie peut se manifester par des va-et-vient constants, des balancements, une hypersexualité, des hurlements incessants, de l'agressivité, etc. Les symptômes caractérisant les troubles de l'humeur peuvent se manifester au même titre que les autres catégories de symptômes mentionnées ci-dessus. La polythérapie - utilisant les stabilisateurs de l'humeur ainsi que d'autres médicaments psychotropes - peut alors être justifiée. 

Un essai préliminaire a montré que le Valproate utilisé dans le traitement de l'agressivité était efficace et sécuritaire en tant que complément thérapeutique chez 10 adolescents autistes ou TED avec hyperactivité, euphorie ou irritabilité, insomnie et hypersexualité. Les doses résultant en des taux sanguins de 75-100 mcg/ml se sont avérées plus efficaces que celles qui étaient plus faibles. La moitié des patients étaient traités avec d'autres médicaments psychotropes (méthylphénidate, clonidine, lithium, thioridazine, et sertraline). Nous avons à nouveau trouvé que "commencer à faibles doses et aller lentement" réduit les effets secondaires, bien que des études-contrôles soient nécessaires. 

Les résultats d'une autre série préliminaire sur 10 adolescents suggèrent l'efficacité et la sécurité de l'acide valproïque dans le traitement de l'agressivité. Dans ce cas, des patients présentant un retard mental léger et modéré étaient inclus; cependant, le nombre de sujets autistes et/ou TED n'était pas clair. Une autre série de trois enfants autistes traités lors d'une épreuve préliminaire avec du Valproate à des doses de 250 à 375 mg/jour a eu comme résultat des améliorations du langage et de la sociabilité chez les trois sujets; l'EEG pratiqué avait révélé des anomalies chez tous. Le Valproate a l'avantage d'être disponible sous forme liquide (Dépakine), même si cela a été associé à de légers effets secondaires gastro-intestinaux - il devrait par ailleurs être pris avec de la nourriture. Il vaut aussi la peine de noter que dans trois autres études préliminaires impliquant 25 patients avec retard mental, le Valproate entraînait une amélioration marquée de l'agressivité et du comportement automutilatoire. 

Dans la manie chronique mixte ou à cycle rapide, plus d'un stabilisateur de l'humeur peuvent être nécessaires. L'ajout de faibles doses de Lithium ou de gabapentin divisées dans des repas peut augmenter l'amélioration partielle obtenue avec le Valproate. Le gabapentin est administré de 10 à 20 mg/kg/jour (doses divisées) au moment des repas et semble relativement sûr, à condition que la fonction rénale ne soit pas affaiblie. 

Dans les cas graves ou pendant les crises, l'ajout d'un neuroleptique à faible dose à deux stabilisateurs de l'humeur peut être nécessaire. Administrés en faibles doses, le rispéridone, l'olanzapine ou la Loxapine donnent moins d'effets secondaires en terme de sédation ou de ralentissement moteur. 

Les neuroleptiques à faible teneur tels que la Thioridazine ou la Chlorpromazine produisent souvent une sédation, une apathie, une vision brouillée et une hypotension staturale. Les psychotropes classiques à effet élevé, tels que l'Halopéridol, occasionnent souvent des syndromes extrapyramidaux sévères après une certaine période. Ceux-ci peuvent interférer avec la capacité des personnes à manger et boire sans éclaboussures, ou même provoquer des secousses du siège sur lequel ils sont assis. L'ajout et l'augmentation rapide de dosage des anticholinergiques, telles que la Benzotropine, peuvent ultérieurement compliquer la situation en provoquant une confusion mentale. Le tremblement est plus susceptible de se produire quand on utilise la combinaison du Lithium, du Valproate et d'un neuroleptique. McElroy et Weller décrivent les inconvénients des antipsychotiques dans le traitement des troubles bipolaires sur une période de plus trois semaines : risques accrus de dyskinésie tardive, réponse masquée de l'humeur et détérioration des symptômes dépressifs bipolaires.

 

Symptômes comportementaux non spécifiques ou autres


Les enfants avec des troubles développementaux, psychiatriques et neurobiologiques incluant l'autisme, sont plus susceptibles de vivre des troubles du cycle sommeil/réveil que les autres enfants. Un essai préliminaire d'administration de mélatonine par voie orale (2,5 à 10 mg - préparation à libération rapide) pris au moment du coucher a donné des résultats positifs chez 82 de 100 sujets observés et a semblé sécuritaire. L'effet semble suivre la première dose chez certains, alors que pour d'autres, plusieurs mois de traitement avec l'adoption d'une routine rigoureuse de sommeil et une modification du lieu de repos ont été nécessaires. Certains enfants avec troubles multiples ont été capables d'arrêter le traitement à la mélatonine après plusieurs mois en conservant un sommeil normal. Des études contrôles placebo en double anonymat sont toutefois nécessaires. 

Des tests cliniques contrôlés du Naltrexone ont été faits dans la population autistique. Bien que les résultats montrent une amélioration légère pour l'hyperactivité, aucune amélioration des symptômes fondamentaux ou de l'agressivité n'a été relevée. 

Ratey et ses collaborateurs ont rapporté que le Propanolol a réduit l'agressivité chez six de huit adultes autistes hospitalisés, par l'administration de doses de 100 à 420 mg/jour. Cependant, sept des huit sujets ont été également traités avec des antipsychotiques ou des stabilisateurs de l'humeur en même temps. 

Plusieurs rapports préliminaires supplémentaires sur l'efficacité du rispéridone ont été publiés. Celui-ci a été utilisé pour cibler "les troubles du comportement non spécifiques", l'agressivité et l'automutilation. Le dosage variait entre 1 et 12 mg/jour. Les effets secondaires principaux consistaient en de la somnolence, un gain de poids, une galactorrhée, un syndrome extrapyramidal et une akathisie à des doses plus élevées. La clozapine, un nouvel antipsychotique, a prouvé, chez un patient résistant au traitement, son efficacité en réduisant le comportement automutilatoire. 

Les plus récents antipsychotiques, tels que l'olanzapine et le quétiapine, peuvent offrir les avantages du rispéridone sans le risque de désordres moteurs chroniques.

Date de dernière mise à jour : 08/10/2013